5 juin 2006: Le Raid Vélomag en mémoire de René Moisan

Conversation avec mon voisin tout en pinnant mon trailer sur sa boule.


Gilles:Hey !!! Salut mon voisin et Raideur d’un jour !!
Alain: Raideur d’un jour !?!?! Rappelles-toi mon cher que j’ai aussi fait le Raid du Bras-du-Nord le 14 août de l’an dernier. J’ai donc deux Raids à mon actif. C’est au moins deux fois plus que tous les Raideurs d’un jour que tu as connu !!!
Gilles:OK, rendons à César sa salade et dis-moi pourquoi les montagnes de bouette de l’édition 2005 du Raid Vélomag jumelé au passage à l’infirmerie n’ont pas réussi à garder tes deux roues sur la route… ou sur les pistes cyclables ?
Alain:Au risque de décevoir ceux qui me croient masochiste, plusieurs raisons m’ont amené à faire un second raid l’an dernier et à poursuivre en ce sens cette année. Premièrement, il y a les leçons tirées des moments difficiles survenus pendant la course de l’an dernier (il y en a certainement eu une ou deux !!!). J’ai compris que c’est la conscience des efforts investis à m’entraîner pendant huit semaines en vue de la course qui m’a permis de tenir le coup. Ayant fait tout ça dans le but de «franchir la ligne d’arrivée», cette idée me faisait me relever à chacune de mes chutes, ainsi que tout au long des 10 derniers km lors desquels j’ai compris le sens profond de l’expression «bonker». Quand je repense à ce bout là, je revois Ginette Plante qui a bien voulu partager son Gatorade jusqu’au fil d’arrivée et que je salue en passant. Je remercie encore cette «nouvelle amie» !!! Le Raid m’avait permis de constater très concrètement le «pouvoir» que me donne le fait d’avoir un objectif clair. Sauf qu’après le Raid, je n’avais plus d’objectif. Par contre, je me sentais tellement bien, à tous les niveaux, que j’éprouvais le besoin de continuer à faire du vélo. Mais je souhaitais quelque chose de plus concret.
Gilles:Tu as trouvé ???
Alain:Eh oui !!! J’ai décidé de faire un second raid mais dans des conditions plus «normales» et j’ai mis au défi mes deux copains à l’origine de mon inscription au Raid Vélomag. Ma proposition de m’accompagner au Raid du Bras-du-Nord a été déclinée par mon copain Guy Demers, un maniaque du vélo de route que les conditions de course de l’an dernier ont convaincu de s’en tenir à l’asphalte.
Gilles:Oui, il va vite ce Guy. Il devrait faire le championnat canadien, c’est ici à Québec.
Alain:Eh bien ça a l’air que ton allusion subtile à cette possibilité l’aurait amené à s’inscrire !!! En tout cas, il s’entraîne plus fort que jamais.
Gilles:C’est bien. Mais revenons à ce qui te ramène au Raid Vélirium en 2006. L’importance des objectifs et quoi d’autre ???
Alain:J’y arrive… t’es pas patient pour un coureur de marathon !!! Mon autre copain, René Moisan, avait relevé mon défi de faire un second raid avec moi. Mais une forte fatigue l’a amené à se désister deux jours avant l’épreuve prévue pour le 14 août. Pendant que je faisais ce second raid, René ne savait pas encore qu’il allait vivre une épreuve encore plus exigeante. Deux semaines après le Raid du Bras-du-Nord, on lui a découvert une tumeur inopérable au cerveau. Cette tumeur très maligne se développait très rapidement et ses médecins estimaient à 5% les probabilités qu’il puisse s’en tirer.
Gilles:Ouais, je me souviens du moment où tu m’as appris ça. À moins d’un miracle, ça va vite ce genre de malheur !!! Quoique René était un gars plutôt en forme.
Alain:Il avait fait plusieurs Raids dont celui du Vélirium à quelques reprises. L’an dernier, bien que lui et moi ayons roulé en peloton sur toute la portion de route, il a franchi le fil d’arrivée une heure avant moi. Il menait une vie rangée et s’entraînait régulièrement, notamment en faisant du spinning pendant l’hiver. De plus, il s’investissait bénévolement, notamment dans le domaine du vélo où il coachait une équipe de jeunes coureurs, et dans le domaine de la musique où il aidait les artistes de la relève à se faire connaître. Sur le plan professionnel, ayant bénéficié moi-même de ses précieux conseils, j’ai pu constater à quel point il était un coach hors pair.
Gilles:Que ça arrive à un gars généreux menant une vie rangée et qui se tient en forme, c’est à la fois surprenant et choquant. On ne sait jamais ce qui nous pend au bout du nez !!! Comme quoi il faut profiter du temps qui passe !!!
Alain:Ce n’est pas le temps qui passe Gilles. C’est nous. On a inventé le concept de temps pour se rassurer, mais le temps sera toujours là, alors que nous !?!?!
Gilles:De quoi on parlait, donc ???
Alain:J’y arrive… Lorsqu’il a appris ce qui lui arrivait, René a fait preuve d’un moral exceptionnel. Sa confiance était telle qu’on s’est promis de refaire ensemble l’édition 2006 du Raid Vélomag. Mais son combat contre le cancer s’est avéré son «raid ultime» lequel a pris fin dans la soirée du 5 novembre 2005.
Gilles:C’est donc pour faire honneur à son courage que tu refais le Raid cette année ?
Alain:Pour ça et plus encore. Plusieurs choses fondamentales ont changé pour le mieux dans ma vie depuis qu’il m’a suggéré de faire ce raid de l’an dernier. Et comme coach personnel, René a été un acteur important dans ce processus de changement. L’idée de refaire «son raid préféré» et de m’entraîner en conséquence est donc une façon de lui faire honneur pour tout ce qu’il m’a apporté.
Gilles:C’est ça la seconde raison.
Alain:Ben, disons que c’est la partie égoïste qui m’appartient. Sur la base de ces seules raisons, si les conditions du terrain sont les mêmes que l’an dernier, je ne suis pas certain que je prendrais le départ. Je crois que j’entendrais la voix de René dans ma tête qui me dirait : «Voyons Alain, tu ne vas pas te retaper tout ça !!!».
Gilles:Quoi d’autre alors ???
Alain:Simplement les autres Gilles. Sa femme, ses enfants, ses amis, et tous ceux qui ont eu la chance de bénéficier de sa présence et de son soutien et qui ont été touchés par son décès. Je souhaitais qu’on souligne la mémoire d’un gars généreux qui s’est investi pour les autres dans plusieurs domaines. Le vélo de montagne était son sport !!! Il en était littéralement passionné et ne s’est pas limité à le pratiquer. Plusieurs jeunes, dont son propre garçon, ont pu bénéficier de son soutien et de ses conseils. Sa femme Marie-Josée, son fils et peut-être d’autres personnes que tu connais pourront t’en reparler directement.
Gilles:Tu sais que les organisateurs du Vélirium 2006 ont accepté de s’associer à la Fondation Québécoise du Cancer pour rendre hommage à René. Le Raid Vélomag 2006 sera donc couru à sa mémoire et la Fondation pourra recueillir des fonds à cette occasion. Comment réagis-tu à cette initiative ?
Alain:Ouf !!! Quand j’ai appris cela, c’était difficile de trouver les mots !!! Ça me va droit au cœur, c’est certain que ça me touche beaucoup. D’une certaine façon, le fait que le Raid Vélomag 2006 soit couru à sa mémoire me donne le sentiment que René et moi allons finalement tenir notre promesse de relever cette épreuve ensemble. C’est toute la préparation au départ de l’an passé qui me revient en tête… Ouf !!! Et la partie sur route qu’on avait faite ensemble !!!
Gilles:Ému le voisin !!! Tu imagines le peloton de départ avec 500 coureurs portant chacun son petit bracelet Bleu au poignet?

Alain:Ça serait vraiment super !!! Ça risque d’être émouvant aussi !!! Tu vois, le simple fait que l’événement à sa mémoire permette de recueillir des fonds pour aider les personnes atteintes d’une telle maladie, s’inscrit très naturellement dans la suite des élans de générosité auxquels René nous avait habitué.
Gilles:Tu me sembles donc satisfait de cette initiative.
Alain:Ça dépasse de beaucoup mes attentes initiales et je tiens à te remercier personnellement, ainsi que les gens de l’Association de vélo, de même que les organisateurs du Vélirium. C’est gens là se donnent sans compter dans leur rôle et je sais qu’ils en ont déjà plein les bras avec l’organisation de cet événement annuel d’envergure. C’est très généreux de s’investir ainsi dans cette initiative…
Gilles:Hummm…. Je te sens hésitant. Allez, n’hésite pas à te confier en tout intimité à moi et à nos 250,000 lecteurs !!!
Alain:Ben, tant qu’à être rendu là, je t’avoue que j’aimerais bien interpeller les milieux d’affaires de la région voire, de la province. Imagine que chacun des 500 coureurs à bracelet (donc 1 000 $ pour la Fondation) à prendre le départ est l’objet d’une «commandite invisible» afin d’éviter toute dépense.
Gilles:Commandite invisible ?
Alain:Il s’agit de recueillir un maximum de dons sans générer de dépenses. Alors chaque coureur pourrait être l’objet d’une commandite de 100$ et n’arborer aucun signe à cet effet. Ces « commandites invisibles », d’un montant fixe de 100$, seraient offertes par les entreprises ou les personnes qui recevront un reçu pour don de charité à cet effet. Les gens de la Fondation québécoise du cancer n’auraient qu’à publier régulièrement le nombre de coureurs commandités (1 don de 100$ = 1 coureur et objectif = 100% des coureurs inscrits), ainsi que la liste des entreprises ayant fait un don de 100$.
Gilles:Ouais mais tu crois qu’on peut rejoindre ces gens d’affaires ?
Alain:Oui, via la Fondation et via tout le réseau d’affaires que dissimule le réseau de coureurs et tous les gens impliqués dans l’événement. Imagine, le titre d’un article dans les journaux : les 500 coureurs du raid Vélomag 2006, en collaboration avec les entreprises et donateurs dont la liste apparaît ici bas, offrent 50 000$ pour venir en aide aux personnes atteintes d’un cancer.
Gilles:Il te faudra beaucoup de persévérance pour y arriver mais je suis avec toi… Si on revient à toi, tu en es où dans ton entraînement ?
Alain:Quand j’ai recommencé l’entraînement au début avril, je croyais être vraiment en retard sur l’an passé. Et lorsque j’ai sorti mon vélo que je souhaitais changer dès le printemps, j’ai été surpris de constater comment il allait bien. Mais en fait, je crois que le simple fait de refaire du vélo extérieur me faisait du bien… Bref, j’étais en manque !!!
Gilles:Ouais… on vient à développer une dépendance, hein !!!
Alain:On dirait bien que oui !!! Mais attends, voici le meilleur… vers la mi avril, j’ai fait une première véritable sortie d’entraînement (64 km incluant plusieurs montées dont la côte de l’aéroport et celle de Val-Bélair) qui s’est déroulée sans trop souffrir. J’ai eu le bonheur de réaliser que je ne démarrais pas du tout au même point que l’an dernier.
Gilles:Tu profites donc des effets de ton entraînement de l’an dernier. C’est bien.
Alain:Bien ??? Tu veux dire «magique» !!! J’ai déjà parcouru 85% des km cumulés à mon départ du Raid l’an dernier, je ne me suis jamais senti aussi bien de ma vie et mon entraînement ne fait que commencer !!!
Gilles:Tu crois que ça va être facile ?
Alain:Oh non. Bien que j’aie déjà l’impression d’en être au niveau de forme que j’avais atteint à la fin de la saison dernière, je préfère m’attendre à ce que ce soit difficile.
Gilles:Et si Dame nature nous offre les mêmes conditions de parcours que l’an passé ?
Alain:Tu me donnes une autre raison de pousser davantage mon entraînement. Maintenant qu’il a été décidé que le Vélomag 2006 se courrait à la mémoire de René, je ne peux passer outre ce rendez-vous. Ce sera mon dernier raid avec lui et, par conséquent, ce sera la meilleure façon de lui faire des Adieux dignes de notre Amitié puis, de le laisser partir en paix.
Gilles:Merci Alain !!! On se revoit bientôt avec la femme de René, Marie-Josée, et peut-être d’autres personnes concernées.
Alain:Merci à toi Gilles !!!


Alain en compagnie de René au départ du Raid l'an dernier.

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