16 septembre 2003: Autopsie d'une descente


Lors du récent Championnat du monde des Maîtres à Bromont, une seule médaille fut gagnée par le Canada en descente, et nous la devons à un gars de Québec, le porte-parole par excellence de notre sport, le président nommé à vie de notre Association régionale, ce noble vieillard à la barbe blanche, celui que tout le monde voudrait avoir comme grand-père, celui qu'on voudrait revenir en enfance pour pouvoir s'assoir sur ses genoux au centre d'achat au mois de décembre, j'ai nommé Pierre Gendron. Le nouveau Champion du monde chez les maîtres 55-60 ans a bien voulu nous raconter la descente qui lui a valu ce titre.

Vous serez à même de constater que pour gagner en descente, on ne laisse rien au hasard. Chaque mètre de sentier est répertorié, décortiqué, pratiqué et mémorisé. Comme disait Bernard Landry à Jean Charest après la dernière élection: "Cette victoire, vous ne l'avez pas volée, vous l'avez méritée."

Autopsie d’une descente de vélo de montagne.

C’en est devenu un cliché : les downhilleurs laissent leur cerveau en haut de la montagne avant de descendre. Dans le but d’informer les néophytes ou victimes de mal-information voici le déroulement d’une séquence d’actions que j’ai faites lors de ma descente de championnat du monde Masters à Bromont.

Le parcours est composé d’une grande partie de la piste Adrénaline , à laquelle furent ajoutées les sections 50/50 et 90/10. (Ces titres réfèrent aux chances de descente sans chute que chacune de ces sections offre; la 50/50 offrant une chance sur deux de succès et la 90/10 offrant une chance sur neuf de réussite). Note de l’auteur de ces lignes: le tenant du titre mondial de 2001, François Soucy lorsqu’il a appris de la bouche des organisateurs ce qu’était le parcours du Championnat du monde des Masters de 2003 a eu cette candide remarque: « Vous trouvez pas que c’est un peu hot pour des vieux? »

Donc après au moins 15 descentes de pratique, le scénario final s’est installé en ma mémoire vive (bien caché sous un full-face).

Le lendemain, jour de la course, voici ce scénario:

Départ sur la plate forme. Ne pas oublier de ne pas rétro-pédaler si la ligne de chaîne n’est pas droite, il y a un petit risque que la chaîne sorte du plateau (c’est arrivé au gars avant moi qui a dû faire toute sa descente sans pouvoir pédaler)

Au signe de la commissaire au départ, j’amorce la très rapide descente en clippant mon pied droit (le gauche l’est déjà) , je prend une position un peu reculée et reste très souple (pas question d’être assis sur la selle) Dans la première section de 20 pieds, éviter la partie gauche composée de roches coupantes. Puis l’angle devient plus aigu et on prend de la vitesse. On ne touche surtout pas aux freins . Il y a deux petits crans de roche à jumper sans danger, comme il y a des spectateurs il est de bon ton d’en mettre un peu plus sans toutefois perdre de la vitesse. Après tout ils ont monté à pied jusqu’en haut, ils méritent bien ça!

Dix pieds avant l’entrée dans le bois, rétrograder les vitesses et déclipper le pied gauche.

À l’entrée dans le bois, petit jump à faire avec peu de vitesse car sinon on déborde dans un tas de roches en bordure de la piste qui fait un 45 degrés vers la gauche .

Petite descente roches et racines vers la droite suivie d’un tas de roches qui se fait en jumpant si on a la vitesse ou en se faufilant entre un arbre et ce tas de roches tout en se poussant du pied gauche (qui est déjà déclippé depuis l’entrée dans le bois!).

Le tas passé je reclippe le pied gauche et garde les mêmes rapports de vitesse. Se suivent une série de gauches-droites très serrés faits de roches et racines. Ils se font par léger transfert de poids vers l’avant (traction max sur la roue avant) et blocage de la roue arrière pour déraper et permettre de tourner plus rapidement.

Arrive le premier petit pont (1 mètre) suivi de deux crans qu’il faut jumper à cause des racines (si on les « roule » on glisse automatiquement ). Le deuxième saut doit être court car l’atterrissage doit se faire sur un autre pont légèrement déporté vers la droite.

Le petit pont passé, il faut déclipper le pied droit juste pour pouvoir s’appuyer sur une roche avant la grande rampe.

La rampe a deux pieds de large et environ 15 pieds de long, elle est recouverte de papier à toiture et descend avec une courbe bankée en bas qui nous projette sur une roche affleurante qu’il faut éviter. Il est donc important de se servir de la rampe comme rampe de lancement et y prendre de la vitesse pour faciliter le saut.

Suit une série de longues courbes , petits sauts, trous , bosses et racines sur lesquels il faut pédaler à fond..

Un petit faux plat montant semé de roches nous force à se mettre en danseuse pour maintenir le maximum de vitesse.

Puis un rapide 90 à droite nous ouvre la porte vers un 90 à gauche et une série de nids de racines et de crans rocheux qu’il faut prendre à grande vitesse. Il faut être poli avec ses freins avant et faire flotter la roue avant.

Arrive la grande roche mouillée qui penche vers la droite et qui amène le cycliste dans un water bar (canal d’écoulement d’eau) si on entre pas assez rapidement sur la roche. Donc grande vitesse et poids égal sur les deux roues. Si c’est bien fait on arrive dans un petit berm naturel juste à la sortie de cette roche.

Puis arrive une section plate où il faut mettre les gros braquets et se mettre en danseuse. Ça tord le pédalier. À ce stade-ci, les jambes nous brûlent et le souffle est court. Mauvais moment car le pire est à venir. Il faut déclipper à la fin de cette section et remettre le gros pignon pour la sortie 50 pieds plus bas.

La dernière section arrive, celle où on entend plus bas les spectateurs crier (c’est donc la section la plus dangereuse). C’est le « vulture spot » du parcours.

Elle débute par la 50/50 qu’il faut prendre en modulant les freins pour en arriver à un juste équilibre pour descendre rapidement mais pas trop car en bas de cette section il y a un 90 degrés bien protégé par un gros arbre et amené par une petite drop qui fait transférer tout le poids sur la roue avant si c’est mal fait (lors de mes pratiques j’y ai fait une belle chute lors de laquelle j’ai perdu mes clefs de camion---rapportées par une bénévole plus tard).

Suit un 90 vers la gauche qui donne sur une drop de 5 mètres qui elle même ouvre la voie à une autre descente de roche terre et racines. Celle-ci fait un 90 vers la droite suivi d’un autre vers la gauche et c’est la quasi chute libre de 25 pieds.

Cette dans cette dernière section que se joue pour plusieurs le championnat.

Elle débute par une bille de bois semi enfouie (si on y passe trop vite la bille fait sauter le vélo et on manque la roche et c’est la chute) suivie d’une grande roche plate penchée à 45 degrés. Au bas de celle-ci il y a un petit plat plus court que le vélo sur lequel ,si nécessaire, on fait le dernier ajustement de parcours avant la section de terre où il faut passer selon l’itinéraire suivant :les deux premières roches sont à gauche du vélo, puis on tourne lentement vers la gauche pour s’accoter sur la grosse roche à droite, le vélo prend alors la gauche et glisse sur les dernières racines pour tomber dans la grove qui nous attend. Le tout se fait avec le frein arrière presque tout le temps bloqué et le frein avant en vacance)

Il reste une petite section technique montante qu’il faut pédaler (c’est là que le gros pignon placé tout en haut de la descente est utile).

Cette section terminée on tombe dans la « plaine » de l’arrivée: danseuse , petit pignon et tordage de pédales sont de mise. Il y a entre la sortie du bois et la ligne d’arrivée, un gros table top qu’il ne faut pas prendre trop haut et un petit saut qui en fait est une drop . On n’arrête pas de pédaler. Comme on ne voit pas de ligne d’arrivée au sol, il est bon de ne cesser de pédaler que plus loin après l’arche d’arrivée. Chaque coup de pédale compte. L’an dernier 12 centièmes de seconde séparaient ma deuxième place de la troisième.

Cette année 14 centièmes de seconde séparaient mon championnat du monde de la deuxième place.

Après la course je suis remonté en haut de la piste pour aller y chercher mon cerveau qui m’attendait.

 




   

un aperçu du parcours et de la foule
   



   

   

   

   

diaporama de ce podium dont on se souviendra longtemps
photos gracieuseté de photoMinute, piratées sur le site www.Bromontbiking.com où vous trouverez résultats complets et photos.
Merci pour la course et salutations à Richard Deslandes!
 


INDEX