5 novembre 2002:
Ballet d'automne, avec Marie-Hélène Laurendeau

J'en appelle à votre compréhension parce que d'ici noël, je suis trop pris pour écrire de nouvelles chroniques. Pourtant, j'en aurais tellement à dire. Alors gênez-vous pas, faites comme nos récents collaborateurs et envoyez-moi vos écrits pour publication.

aujourd'hui, Marie-Hélène Laurendeau nous parle d'automne et de ballet. Pas balai à feuilles, non, ballet classique avec les pointes et tout et tout. Le rapport avec le vélo? en forçant, on peut toujours trouver...Vous jugerez par vous-même!

Changer d'air !

C'est l'automne. L'été est bel et bien terminé et le momentum est idéal pour faire le bilan de notre saison de vélo.

Les plus fadas rêvent déjà à leur prochaine course et font la liste de leurs objectifs. Pour bien du monde toutefois, l'automne est une période de transition. C'est le temps de s'amuser et même d'essayer de nouveaux trucs !

Je ne possède pas de science infuse particulière en ce qui concerne les fondements psychiques ou physiques de l'entraînement. J'applique toutefois la philosophie qui consiste à profiter de l'automne pour diversifier ses activités sportives et pour s'amuser.

En fait, il s'agit de se changer les idées. Et pourquoi pas aussi faire travailler d'autres groupes musculaires que ceux à qui on a trop souvent fait crier grâce durant la saison chaude ?

Suspendu entre ciel et terre
Il vous est déjà arrivé de rêver que vous voliez ? Super feeling, hein ? Essayez donc l'école de cirque à Québec et prenez le risque... d'aimer ! C'est complètement différent comme feeling : www.ecoledecirque.com

Vous adorez grimper ?
Je ne parle pas ici de côtes, mais plutôt de roc. Il y a, entre autres, le Roc-Gym de Québec qui vous offre une séance d'initiation pour environ 40 $. Vous êtes ensuite accrédité "moulinette" et pouvez aller vous pratiquer à l'intérieur sans supervision, à condition bien sûr d'avoir un partenaire de grimpe.

C'est une excellente façon d'apprendre à se détendre dans l'effort, en utilisant uniquement les muscles dont on a besoin, un peu comme un chat. Bon feeling aussi de se retrouver entre ciel et terre. À éviter : s'associer à un partenaire lunatique ou qui nous en doit une : il faut définitivement avoir confiance en celui qui tient la corde en bas, sinon, on risque de ne pas apprécier. Pour info : http://www.rocgyms.com/

Maniaque de la selle, encore et toujours
Vous devez absolument avoir une selle entre les jambes pour être heureux ? Le monocycle pourrait vous surprendre agréablement et surtout, vous faire travailler votre proprioception !

Vous serez surpris de constater à quel point c'est épuisant. Au tout début, on investit plus d'énergie à essayer de tenir son équilibre qu'à avancer. Jetez un coup d’œil sur le site de L’école de cirque, ils donnent des cours de monocycle à Québec !

Votre petit côté artistique s'ennuie mais vous voulez bouger ?
Euh... Ben... vous pourriez peut-être choisir le ballet classique ?

Il y a l'École de danse de Québec offre des cours pour ados et adultes. Laissez-moi vous dire que le ballet n'a de rose pour les bras et les jambes que la couleur du collant. Quelle discipline incroyable pour travailler la proprioception, la souplesse et la musculature profonde. Et pas besoin de passer d'audition. Pas besoin non plus d'être grosse comme une allumette et de faire le grand écart.

En fait, ça prend surtout du "guts" pour se pointer dans une salle tout en miroirs, remplie de futurs petits rats de l'opéra. On a passé toute l'année à se cultiver le quadricep ? Le ballet nous donne soudainement envie qu'il se fane subitement, qu'il se détricote, qu'il se fonde et se mette à couler par terre. Un quadricep musclé est pas utile en ballet surtout pour faire un « jeté » car l'énergie qui sert à lancer la jambe provient du pied qui décolle du sol en le frottant mais aussi de l'arrière de la jambe.

Il faut aussi être patient car on doit graduellement maîtriser une foule de détails techniques. Et attention ! Pas de visage crispé, présentation artistique oblige. On a beau croire qu'on détient un contrôle quasi parfait sur notre corps après avoir fait des milliers de kilomètres sur notre vélo de montagne, il n'est pas évident de faire aller simultanément nos pieds, nos bras et de suivre une dizaine de routines, qui changeront après 4 semaines.

Ma plus grande découverte ? Après un mois de travail, réussir enfin à être parfaitement en équilibre au cours d'un exercice sur une seule jambe. Le cours d'après, devenir complètement instable, uniquement parce que le regard doit être porté vers la gauche au lieu d'être devant. Incroyable... faut tout recommencer. Et c'était le but de l'exercice !

Le ballet permet aussi d'entrer en contact avec une certaine souplesse et d'y rester pendant la saison de vélo. La motivation vient toute seule parce qu'on a pas envie de perdre le petit pouce de plus qu'on a gagné en faisant le grand écart, surtout après avoir travaillé au beau milieu d'une salle pleine de filles de caoutchouc, dont le seul problème est la poussière du plancher qu'elles respirent parce qu'elles ont le nez dessus.

Le ballet permet aussi d’améliorer son équilibre en ski de fond et s'avère une bonne façon d'accélérer votre période d'apprentissage si vous êtes débutant. Vous commencerez votre saison solidement ancré au sol et vous pourrez mieux vous consacrer à travailler tout le reste de la technique.

Le ballet commande plusieurs positions qui sont contraires à la morphologie naturelle du corps. La position des pieds, la boule du fémur qui est constamment sollicitée, les cambrés du dos qui font penser à des annonces de Myoflex, sans parler des orteils qui crampent allègrement en début de saison.

Il ne faut jamais se regarder les pieds. Pas de gomme, pas de cheveux dans la face. Pas de graines noires sur les dents. En plus, il faut sauter » hhhhhhhhaut et atterrir ssssssssssssans bruit ».

Comme dans bien des sports, les élèves tirent une certaine motivation du prof (ou entraîneur). Avec Carmen, je suis extrêmement motivée. Sans elle, je n’aurais pas tenu le coup. Douée et intense, elle ne laisse rien passer et se sacrifie volontiers pour nous faire des démos malgré ses jambes pleines d’arthrite. Elle est drôle aussi à travers sa « sévérité » : il lui arrive même parfois d’égarer la télécommande du système de son dans… son décolleté.

De tous les exercices, les sauts sont les plus tripants. Enfin les quadriceps sont utiles à quelque chose : j’ai une bonne impulsion car ils ont travaillé tout l'été. Ma tête dépasse celle de toutes les autres, on dirait l'âne dans Shrek ! Mais je saute trop haut pour mes capacités d'amortissement et, après quelques semaines, paf... arriva ce qui devait arriver : fracture de stress au pied gauche. Difficile à prendre, se blesser au milieu d'une salle de danse alors qu'on a passé l'été à faire du cross-country et que rien ne nous est arrivé.

À la fin de la session, une petite cure de rajeunissement attend les plus vieilles comme moi : un bulletin ! Avec des pas mal et quelques bravos.

Malgré notre intérêt envers le cours, on a eu de la difficulté à apprendre les chorégraphies ? On a fait des adages qui ont manqué de coordination ? Pas grave. On aura quand même une étoile dans la section Attention et intérêt démontré dans le cours.

Et, le soir, on retourne chez soi, sans médaille, mais avec une étoile sur le bulletin. On dirait que ça ramène à l'essentiel...

Il est vrai que le ballet n'est pas vraiment attirant pour les gars. Mais on ne sait jamais. Si le cirque ne vous dit rien, ni l’escalade, ni le monocycle… Il y a même des joueurs de football aux USA qui font du ballet comme complément à l'entraînement !

À vous de décider
Alors voilà, bien des activités s'offrent à vous, si vous avez le goût de vous changer les idées bien sûr. Il y en a bien d’autres dont je ne parle même pas ici.

Pour certains, c'est essentiel d'essayer de nouveaux trucs. Pour d'autres, c’est le vélo qui les branche à tout moment de l’année.

Respectez-vous et rappelez-vous que dans notre société où la performance est devenue une mesure universelle du mérite, il demeure sain de penser à s'amuser parfois.

Bon hiver !

Marie-Hélène Laurendeau


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