Coupe du Québec d’Hull: Le Gendron Report

Voici pourquoi Pierre Gendron n’était pas des nôtres au Raid Bras-du-Nord:


Comme il me manquait des points à mon cumul de descente, comme je n’ai pas la force de DSA pour me taper deux Raids dans la même semaine, comme je ne voulais pas surprendre mes amis des 50+ en les battant à plate couture à la régionale de samedi et comme il y avait un spécial de vin rouge à la succursale de la LCBO de la rue Rideau à Ottawa(des Macon en bas de 10$!) j’ai pointé le Windstar 96 en direction de la 417 et 4 heures plus tard je montais, sous la pluie, ma tente dans le parking du centre de ski Camp Fortune (secteur DH).

Ensuite, avec mon bidon d’eau vide et mon vélo et ma carte de la fédé je me suis pointé au grand chalet du côté XC pour y prendre mon bracelet (il était bleu) et saluer tout le monde. J’ai ensuite joint un trio de 50+ pour aller reconnaître le parcours. On nous a demandé de faire le parcours élite-expert pour que nous donnions notre évaluation….qui n’a pas été sollicitée ensuite!

Ce parcours grimpe en *&?$* tout de suite en partant, surtout quand tes jambes viennent de passer 4 heures à pousser une » pédale à gaz « . Mais une fois l’asphyxie réglée en haut de piste, on regarde négligemment le paysage et on se lance dans le single track très amusant. Les habitués de ce parcours reconnaissent avec délectation à chaque année ses méandres et sa macédoine racines/roches. Mais comme je m’étais abstenu en 2004, j’ai été à même de constater que la nature n’est pas la seule responsable des améliorations, on y sent la discrète main de l’homme. Une ondée, comme on s’en souvient , rendait naguère ces lieux très inhospitaliers. Ça me semble révolu.

Samedi, un beau soleil nous accueille dans le paddock de départ . Le tout est relax . Les 50+ font 5 tours….du parcours intermédiaire que je n’avais pas visité la veille. Mais il s’avère qu’au premier tour je reconnais une partie du parcours reconnu en soirée.

100 minutes plus tard, après une période faite de petites joies (« popper » sans problème 5 fois une belle grosse roche); de petites rages (glisser 2 fois sur un duo de tuyaux qui coupent la piste-glisser deux fois sur un petit pont de bois non recouvert d’abrasif); de petites fatigues (je m’étais mis dans la tête de faire toutes les montées-plateau du milieu) je croise la ligne fluo devant les commissaires et à ma grande surprise, je me retrouve « sur la plus haute marche du podium ». C’était inespéré et je savoure déjà la fierté de porter le maillot du gagnant que les gens de Hull ont l’habitude de distribuer à chaque Coupe Québec.

Une cérémonie des médailles sans prétention que d’autres auraient voulue plus protocolaire nous met une belle médaille au cou, le tout près de la terrasse où le soleil s’amuse à nous rôtir la peau; ses rayons sont quelques fois obscurcis par les fumées qui s’échappent du grill à hot-dog. Le tout devant une série de bouteilles de bière étalées en rangée sur la balustrade.-« Une bière tablette, monsieur? Quelle marque? Regardez derrière moi, elles y sont toutes. » -« Non je vais passer mon tour »

Surprise désagréable, après m’être penché pour recevoir ma médaille, je cherche du coin de l’oeil pour voir la couleur du maillot du gagnant 2005. Il n’y en a pas. (Je saurai plus tard qu’un cafouillage énorme a empêché Sugoi de livrer à temps et les organisateurs ont finalement annulé leur chèque—est-ce dû à l’achat récent de Sugoi par Cannondale?) Chez LG cela ne se serait jamais produit!!!

La mort dans l’âme, mais pour un très court laps de temps, je retourne de l’autre côté de la montagne pour y revêtir mes habits de descendeurs.

Alors que j’avais quitté le parking presque vide le matin vers 9:00 pour ne rendre à vélo au parcours de XC, je suis agréablement surpris de voir le stationnement (secteur DH) plein de cette faune et flore que j’adore . Des promo-tentes sous lesquelles on chill-out après sa première demi-douzaine de descentes; des remorques ouvertes laissant voir dans leur ventre un amalgame anarchique de pneus, coffres d’outils et pièces; des tentes et abris de toile bleue tendus entre un arbre et une Honda Civic qui est née au millénaire antérieur; une Wess dont le silencieux fonctionnait déjà mal avant le 9-11 de NewYork, des fifth wheel, roulottes et motorisés finissent de garnir ce parc automobile.

Pour ce qui est des vélos, certains jonchent le sol (traitement peu flatteur réservé à celui qui nous procure tant de plaisir dans les pentes), d’autres (fiers sur leur piédestal Park) se font bichonner la chaîne ou la transmission par un descendeur « en bédaine » qui tient dans l’autre main un monstrueux sandwich appétissant.

Par contre, d’autres montures sont entourées par plus de gens, ce sont celles qui ont un problème et chacun y va de ses conseils et de son coffre d’outils. Les descendeurs sont solidaires et comprennent le début de terreur qui s’installe chez le collègue qui ne veut pas voir sa fin de semaine de DH finir un samedi midi.

Je suis par contre surpris, cette année, par l’absence de musique « destroy » sortant d’un coffre de char.

C’est donc le tableau qui se dresse devant moi à ma rentrée dans le parking.

Un petit coup de débarbouillette, un demi-litre de chocolat au lait, un demi sandwich ,je mets mon habit de gladiateur et hop, une fois la rue traversée, je confie mon vélo au préposé au monte pente et je monte vers ma première descente. Je regarde en bas comment les athlètes gèrent la dernière section crevaisongène.

En haut, je salue les gars et filles qui s’échangent des lignes et potins; je me lance doucement dans ma première descente qui pour moi est la plus importante (en effet si lors de la première je bloque sur un obstacle, je vais devoir me battre avec ma peur toute la journée et habituellement ne réussir que le lendemain matin à la vaincre après une nuit inconfortable à y penser)

La descente inaugurale se passe bien, je me fais quelques frayeurs, mais je passe partout. Ça va être une fin de semaine divine s’il ne pleut pas.

Je me tape descentes après descentes en allant de plus en plus vite. Mes lignes se précisent et les autres descendeurs m’ont de moins en moins dans leurs jambes. Je passe progressivement du stade « rouler » les bosses à « clairer » les bosses. Je mémorise progressivement le terrain et en fait une vidéo dans laquelle je devrai jouer le rôle principal une fois le temps de course venu.

Mon SWITCH de Rocky Mountain ne regimbe pas à l’ouvrage et m’envoie le message qu’il commence à apprécier le fait que je le laisse au fur et à mesure exprimer toutes ses possibilités.

Je dois à regret m’arrêter, la folie de ma tête se confronte aux nombreuses années de mon corps . « Faut être raisonnable, si tu veux continuer demain » me suis-je dit. Et j’accroche mon SWITCH sur son Park de même couleur, m’en débouche une bonne froide et vais « shooter de la brise » avec mon ami Ghislain Dubé de SOS Vélo qui, une fois terminée la description de ses jumps de la mort au MSA, devient tout ému en me parlant des succès de son plus grand au niveau canadien.

Quelques bières plus tard, ma conjointe et moi, sous un ciel pleurnichard, prenons notre souper (le spag de l’athlète). Le trio rouge acheté à la LCBO se voit amputé d’un de ses membres maconnais.

Durant la nuit, la tente résonne sous les gouttes de pluie. Dis-moi pas qu’on va devoir tout changer nos lignes à cause de la pluie me dis-je à l’oreille.

Mais heureusement le dimanche matin, le parcours a tenu et les organisateurs mettent les chaises en fonction une demi-heure plus tôt. Ça, c’est connaître son affaire.

C’est la folie, les descendeurs descendent à la queue leu-leu, effectuant leur freinage final dans l’aire d’attente pour les chaises. On ne veut ne plus arrêter , on se gave d’adrénaline. Les lignes s’affinent, la vitesse augmente, c’est la frénésie! Une autre avant la fermeture des chaises. Mais ma quote-part s’est vue amputée par une crevaison , qui heureusement s’est faite dans la section finale.

Puis c’est l’interminable attente avant son heure de départ.

Des petits groupes se forment et on jase « bike »: dernières innovations techniques, descriptions de « railles » mémorables, blessures « gory » , petites critiques de la fédé qui « ne connaît pas ça le DH ». On grignote, on s’hydrate pour finalement remettre ses habits et monter vers la tête du parcours.

En haut, petit dernier pipi nerveux, dernière vérification -inutile-technique du vélo; on regarde les autres partir en regardant leur ligne de départ.

Une commissaire crie ton numéro, tu te mets en ligne, arrive ton tour, tu mets ta roue sur la ligne fluo tracée sur le rocher et au son de 5-4-3-2-1-GO tu arrêtes d’être nerveux et ton vidéo démarre dans ta tête. La bande sonore se déroule au son d’un souffle de plus en plus court, mais l’image se défile un ti-peu plus vite que l’enregistrement initial. Les étapes cruciales se passent comme prévu, ponctuées chacune d’un fier YESSSSSS!!!. Le bike s’agite sous toi, tu entends comme dans un rêve les bravos des spectateurs placés aux « vulture spots », les mains commencent à crier au secours, la sueur te taquine les sourcils. Dernier tournant, faut prendre la roche à gauche pis lâcher les freins jusqu’en bas de piste.

J’peux pas croire qu’y a du monde qui s’ennuie dans la vie

Pierre Gendron