Le point sur le boisé de Saint-Émile (mis à jour le 15 janvier)

Contexte
La ville de Québec a déterminé qu’il fallait ouvrir de nouveaux secteurs pour construire de nouvelles maisons. Lors du dernier conseil de ville, le 21 décembre dernier, un règlement a été passé pour demander l’autorisation au Conseil d’agglomération d’agrandir le périmètre d’urbanisation dans quelques secteurs de la ville, incluant le secteur d’un boisé à Saint-Émile, que beaucoup de gens connaissent. En clair, ça veut dire qu’on veut changer la vocation actuelle (agro-forestier) pour une vocation résidentielle.

Voici la carte du territoire en question

Opposition au conseil
Steeve Verret, le conseiller municipal de St-Émile, ainsi que le Conseil de quartier de St-Émile, s’étaient déjà opposés à une telle demande, mais la demande est revenue au conseil en catimini. Ceci a suscité un échange entre les conseillers qui s’est soldé par le premier cas d’opposition au sein de l’équipe Labeaume, quand Steeve Verret et une autre conseillère ont voté contre l’adoption du règlement.

Cette situation avait déjà été prédite par Monsieur le Maire, qui, à la suite des élections, avait dit que ce serait bon que l’opposition vienne de membres de son équipe. Ce que le journaliste Pierre-André Normandin du Soleil a souligné dans son article du 22 décembre.

On vous a préparé un extrait de l’échange entre les conseillers. M. Verret qui s’oppose et principalement M. Picard, qui défend la décision. Ça dure 20 minutes et c’est très instructif.

Enjeux : Bassin versant
M. Verret demande qu’on reporte la décision pour le règlement pour cette zone, ou au moins une partie de cette zone, le temps de s’assurer qu’on ne fasse pas une erreur, notamment en ce qui concerne la protection des bassins versants de la rivière St-Charles. Les urbanistes de l’arrondissement avaient déterminé avec M. Verret que le boisé était majoritairement situé à l’intérieur du bassin versant et qu’il devait être protégé.

Valeur écologique
M. Verret soulève aussi la présence dans le périmètre concerné de secteurs boisés à «valeur écologique élevée», tel que démontré par une étude commandée par le service de l’environnement de la ville. Cette étude, qui touche toute la partie «rectangulaire» du secteur concerné, ainsi que les terrains adjacents déjà zonés résidentiels (secteur buché à blanc et hêtraie qui le jouxte) révèle que 22 hectares, soit 44% du secteur étudié, est composé de milieux à valeur écologique élevée, dont on propose de favoriser la conservation.

Milieu naturel d’intérêt
Il faut souligner que la ville a identifié le Lac à grenouilles, (inclus dans le périmètre) comme un des milieux naturels d’intérêt à protéger et mettre en valeur sur le territoire de la ville. Dans son Plan directeur des milieux naturels et de la forêt urbaine, la ville de Québec inclut le «parc du Lac à grenouilles» dans sa liste des sites à «mettre en valeur».

Le dilemme des bassins versants
M. Picard défend la position de la ville en disant que Mme Louise Babineau, du service de l’environnement, leur a donné l’assurance que les terrains concernés étaient «situés à l’extérieur du bassin versant de la St-Charles». Selon la carte du bassin versant publiée par l’APEL, les terrains empiètent pourtant de façon évidente. On a superposé le terrain concerné et la ligne du bassin versant et cela donne ceci:

Donc, selon l’APEL, qui se base sur les données du Ministère du développement durable, de l’environnement et des parcs, 60 % du terrain concerné est à l’intérieur du bassin de la prise d’eau, à 1,5km de celle-ci. Mais attention, selon le service de l’environnement de la ville, cette carte n’est pas valide. M. Grantham, le directeur, nous a expliqué qu’ils avaient étudié la chose en se basant sur une carte à échelle plus précise, (carte qui est un document interne non-disponible). Il a ajouté qu’ils feraient une deuxième vérification et nous reviendraient avec explications.

Après une visite sur le terrain aujourd’hui, GPS à la main, je constate que la carte de l’APEL reflète pas mal la réalité. Tous les ruisseaux descendent de la montagne vers un petit lac au milieu de cette plaine ultra-plate aux abords du Boulevard de la colline. De là, ça remonte légèrement en direction sud, ce qui me fait dire que l’eau du lac ne peut s’écouler vers le sud, et qu’elle va plutôt en direction du Village Huron et de la rivière St-Charles derrière. Anyway, chus pas un expert, on verra bien.

Ce qu’en dit le PDAD
Le Plan directeur d’Aménagement de la ville (PDAD), qui décrit les grandes orientations du territoire et de l’urbanisme, en juin 2005, recommandait au chapitre des pistes d’action spécifiques pour le territoire de la Haute-St-Charles la «mise en valeur» des milieux forestiers de l’arrondissement :

L’avis des citoyens
M. Verret a aussi souligné que les citoyens souhaitent que ce boisé soit préservé pour la pratique d’activités de plein-air. Ils ont été consultés et très nombreux à s’exprimer, et on ne les a pas écoutés, comme le résume l’article qui faisait la Une du Soleil le 3 janvier dernier.

Difficile de ne pas être cynique devant ces consultations, qui rarement empêchent les bulldozers de faire leur travail, au nom du progrès et du profit. D’autant plus que pour une raison qui m’échappe, M. Picard a comme pris personnel l’opposition au règlement et a fait monter le ton d’une coche, ce qui n’est pas pour favoriser les relations sereines que nous avons toujours entretenu avec les fonctionnaires et les élus.

Une consultation publique était prévue à l’Hôtel de ville de Québec le 19 janvier prochain, à 17h. Elle a toutefois été annulée le 14 janvier. Voici le communiqué, où on dénote un changement de ton qui est ma foi…bienvenu!

St-Émile, parent pauvre
N’oublions pas que la population de St-Émile n’est pas choyée en terme d’équipement de loisirs. L’aréna, la bibliothèque, la piscine, le terrain de soccer synthétique, ne les cherchez pas dans le coin. La richesse de St-Émile, c’est les quelques boisés qui y demeurent, et ils sont en train de disparaître un à un. Celui qui nous concerne est nettement le plus précieux, ne le sacrifions pas.

Potentiel fantastique pour le vélo et le plein air
L’Association ainsi que l’ADSVMQ ont déjà exposé à la ville tous les avantages et l’importance de conserver des lieux de pratique du vélo de montagne et du plein-air sur le territoire de la ville, dans un mémoire proposant des pistes d’intervention, que vous aurez sûrement déjà lu attentivement. Document bien résumé dans cet article du Soleil. Document bien reçu par le service des loisirs et par M. Sylvain Légaré, conseiller maintenant en charge des loisirs, comme en témoigne cet autre article.

J’en profite pour vous dévoiler une étude sur le potentiel du secteur St-Émile, réalisée par Yannick Menneron, de Bike Solutions, à Grenoble, invité à Québec pour décrire dans le magazine BIKE (France) comment Québec est une destination parfaite pour les cyclistes de montagne qui viendront nous visiter en 2010 pour le Championnat du monde. M. Menneron est le Clotaire Rapaille du vélo de montagne, espérons qu’il saura impressionner M. le maire.

Solution de rechange
M. Verret nous indique que d’autres secteurs moins problématiques sur le territoire de St-Émile pourraient être envisagés comme solution.

Voilà qui résume le dossier à ce jour. Si vous désirez poser des questions aux élus à ce sujet, il y a conseil de ville lundi le 18 janvier et Conseil d’arrondissement de la haute St-Charles mardi le 19, à 19h à l’ancien hotel de ville de Loretteville, devenu bureau de l’Arrondissement de La Haute-Saint-Charles.