16 novembre 2005: Cyclocross: Le Bytown report, par Pierre Gendron

Pierre, de retour d'une course de cyclocross à Ottawa, se laisse lousse...


The Bytown report

J’ai toujours aimé aller faire du sport à Ottawa ou à Hull/Gatineau

J’y ai fait des marathons de course à pied, des Coupe Québec en vélo de montagne et un Championnat canadien.

Ottawa c’est gros comme Québec, c’est une ville de fonctionnaires et d’universités, c'est plein de verdure, il y a une rivière au centre….mais c’est à 450 km d’ici. et donc on n’y va pas trop souvent.

Ottawa c’est provincial (Vastel) comme Québec; ça a déjà eu une mairesse (Charlotte Whitton …pour deux mandats) tout aussi colorée que la nôtre et tout comme madame Boucher elle pimentait les journaux de ses proverbes dont le plus célèbre est sans doute:

«Whatever women do they must do twice as well as men to be thought half as good. Luckily, this is not difficult.» («Qu’importe ce que les femmes font, elles doivent le faire deux fois mieux que les hommes pour paraître à moitié aussi bonnes qu’eux. Mais par chance, ce n’est pas difficile pour elles»)

Je ne sais pas si madame Whitton aimait le vélo…elle!

Ottawa s’appelait Bytown jusqu’au 1 janvier 1855 et est devenue capitale «du plusse beau pays du monde» en 1867

Il y a aussi que j’adore en automne faire du cyclocross. J’aime, en fin de saison, ces petites courses (peu de participants) qui se font dans des endroits nouveaux, habituellement urbains. J’aime ces petits parcours où on passe souvent aux mêmes endroits; où ta blonde n’a pas l’impression que tu l’abandonnes pour aller en forêt pendant des heures; où tu peux jouer au pilotage en t’amusant à toujours mettre les mêmes rapports de vitesse à des endroits précis du parcours; où tu rencontres d’autres personnes qui habituellement proviennent du monde de la route; où souvent le ciel gris est si bas «qu’un canard s’est perdu*»

Ayant ces deux amours en moi je ne pouvais résister à l’offre de mon ami Solo d’aller à Ottawa faire le Championnat de cyclocross de l’Ontario dimanche dernier.

Vendredi, je mets donc mes quelques outils et mon Laflèche Vintage dans le Windstar et hop pour une première étape à Montréal.

C’est bien connu, à la veille d’épreuves sportives il faut faire le plein de sucres lents (quoi de mieux que la pasta!!!) et bien s’hydrater. C’est dans cet esprit que mon pré-souper de vendredi s’est passé dans un bar à tapas de la rue Parc. Tapas ou Pasta il ne devrait pas y avoir de problème, après tout ce sont les mêmes lettres dans un ordre différent.

Une soirée ponctuée de rires dont la courbe des décibels suivait celle ascendante du degré d’éthylisme du groupe.

Mais on le sait des tapas «ça bourre pas». Quoi de mieux donc qu’une bonne pizz avant de se coucher, le tout arrosé d’un Château Dépanneur élevé dans des chais situés en face du resto. C’est donc aux petites heures du samedi que j’ai étendu ma carcasse sur le matelas. J’avais le foie lourd.

Samedi matin une ascension du Mont Royal d’un pas plus rapide qu’un seul jog à rétabli mon équilibre biliaire. La course de cyclo du lendemain ne semblait pas trop devoir souffrir de ces abus de «Thank God it’s Friday».

Mais pour mon malheur je suis dans le fief de l’UdeM qui joue à RDS contre nos Rouge et Or à l’autre bout de la 20 ..et je suis au mauvais bout de l’autoroute.

Le crime de lèse-majesté des Carabins en début de partie n’a qu’envenimé les choses et une forte discussion qui tantôt tâtait du symbolisme sportif, puis du manque de contrôle des entraîneurs, puis du petit demi-portion qui portait un drapeau trop grand pour lui et qui, brave des trois tonnes de muscles testostéronés qui se tenaient derrière lui, invectivait la même quantité et qualité de muscles blancs et bleus devant lui . Bref toutes ces divergences d’opinion ont trouvé leur juge, un certain M. Sleeman accompagné de sa greffière Miss Vickie (nature par contre)

La course de dimanche commençait à me paraître de plus en plus mal préparée.

Dimanche matin arrive. Départ pour Ottawa

Ma compagne fait la navigateure et paf on tombe sur le Terry Fox Athletic Center sans faire un mètre de trop.

Devant une belle piste de course bleue il y a un petit bâtiment avec deux portes, l’une pour s’inscrire (tyvek à numéro tiré à 4 épingles — je remarque qu’il n’est pas fait par Sécuri-Sports — et puce à la cheville de SportStats). Le tout se fait dans le calme et la sérénité. L’autre porte va vers les toilettes et les douches. Dehors, dans le stationnement, alors que je me verse un café gratis à même le gros thermos brun, Solo vient me rejoindre.

Il me dit avoir consulté la liste des 6 «master D» inscrits et me dit que j’ai de bonnes chances. Je lui fait part de ma préparation sportive montréalaise des 36 dernières heures et aussi du fait que je ne veux pas me créer de fausses espérances. Je me dois de garder une prudente «petite gêne». Solo faisant le circuit Ontarien me dit connaître tout le monde. Je préfère tenter de la gagner en pédalant qu’en en parlant. De son côté Solo relevant d’une vraie grippe d’homme espère peu de cette course.

Les moments précédant une course un site nouveau sont intéressants. Pendant la période d’échauffement on tente de repérer ceux de notre catégorie (dimanche ils avaient tous un numéro tiré de la soixantaine --- comme l’âge de cette catégorie — délicate attention de l’organisation).

Aussi on roule le parcours en mémorisant les endroits de changement de vitesse, les lignes, les deuxièmes lignes où dépasser; on vérifie la solidité des barrières. On vérifie l’état du vélo, la pression des pneus, les endroits qui vont devenir très glissants pendant la course; et on cherche toujours ceux qui seront dans notre catégorie.


Il / elle se cherche une catégorie

Tout cet arc-en-ciel de maillots multicolores se déplaçant avec élégance sur un fond de gazon vert et de ciel gris excite l’oeil . L’ouïe de son côté laisse venir à elle le discret cliquetis des machines bien huilées que la musique criarde d’un système de son ne vient pas perturber.

Un dimanche matin de cyclocross ça demande un certain décorum. Finalement j’ai repéré mes 5 autres compagnons et le bénévole préposé au départ (il n’y avait pas de commissaires à cette course — seulement des marshalls bénévoles portant la veste fluo des brigadiers scolaires) nous demande doucement de nous placer sur une ligne de départ imaginaire pour écouter ses directives. Le départ se fait en dehors du circuit balisé et il faut faire une petite boucle pour le rejoindre. Un pluie de questions s’ensuit et un deuxième bénévole dit la même chose mais en montrant où il faut passer derrière lui, mais pour nous montrer où passer il tourne la tête vers l’arrière et laisse son porte-voix devant. On n’entend rien Deuxième demande d’éclaircissement. Le premier bénévole revient à la charge et nous montre la bénévole au loin qui nous fera signe où aller rendus à elle. Voilà qui est clair. Tous en silence espèrent par contre que son chien, qui est à ses pieds, ne décide pas lors de notre passage qu’il fait partie de la course.

Le départ est donné et ça part.

Le parcours est assez long (12 à 15 minutes au tour)

Le voici:

(ne pas lire cette longue partie du texte ne change en rien à la compréhension du présent rapport—pour sauver du temps il n’y a juste qu’à imaginer que cette course aurait eu lieu sur Les Plaines à Québec)

Boucle de départ sur du plat gazonné avec des tits-bouts de sphatte, arrive une montée gazonnée qui se ferait à vélo mais on y a mis à la base une barrière (premier portage).

Arrive un faux plat court suivi d’une descente très rapide avec un gauche à 90° bien protégé par un gros arbre; suivent ensuite des chicanes montantes assez raides qui se terminent par une rapide descente au milieu de laquelle il y a un bon trou. En bas on arrive dans des sentiers qui zigzaguent entre des arbres, le sol est irrégulier (mais sans racines affleurantes) et ça brasse. Belle place pour dépasser parce que tout ça est à l’abri du regard des spectateurs et les coureurs qui ont fait un départ canon pour en mettre plein la vue à la foule sont en train de ramasser leur langue sur le pneu avant et tentent de retrouver leur souffle.

Suit une section descendance pavée qui se prend très vite mais prudence car elle se termine abruptement par un 180° gauche. On revient sur un terrain en devers et le pneu avant ne tient pas plus que ça à rester perpendiculaire au sol. Deux barrières suivent, une section rapide herbeuse, une section de garnotte, une autre section herbeuse, une montée longue vers les deux tapis de SportsStats suivie d’une descente très rapide que des roadies prennent en position de vitesse et que d’autres prennent en pédalant comme des malades.

Des zigzags dans un champ, puis une grosse montée abrupte et longue qui vous fait expirer vos derniers centilitres d’air.

Suivent une série de chicanes descendantes gazonnées, un pit de sable bien gardé par une barrière, encore du gazon et une double barrière et ça recommence pour un deuxième tour.

(fin de la description du parcours)

La course s’est bien déroulée, un à un je remontais mes collègues du bel âge pendant que d’autres ayant moins de kilomètres à l’odomètre de la vie en faisant de même avec moi.

Le premier de ma catégorie et moi avons jouée un peu au chat et à la souris (j’étais inconnu dans ce groupe et on portait le numéro de dossard...sur la cuisse gauche). On le sait, quelques fois dépasser, quelqu’un peut lui faire décupler ses forces et on se retrouve avec un adversaire pas mal crinqué. Ça s’endure en fin de course mais pas au début. C’est donc par prudence que j’ai dépassé le leader à sa gauche, ce faisant je lui cachais mon numéro. La ruse a marché puisqu’il n’a pas réagi. J’ai pris une légère avance jusqu’à ce que je doive tourner vers la gauche et lui montrer ainsi mon dossard!

Il est venu me rattraper dans la longue montée, m’a envoyé une remarque amicale et a foncé dans la descente en se mettant en position de vitesse. J’ai pédalé comme un malade dans la descente pour le rejoindre et ne pas le perdre . On s’est suivi pendant un tour puis j’ai donné un tit-coup et il n’a pas répondu. Ne restait qu’à me concentrer sur mes changements de vitesse et à l’avoir à l’œil.

Le tout s’est bien terminé.

Ma compagne a pris de belles photos du beau paysage avec moi quelque part dedans. Le piton W/T de la caméra va faire l’objet d’une présentation bientôt. L’organisation offrait des danoises (elles étaient plus aplaties que celle de la chronique de Gilles) du café et des douches... au grand plaisir de ma compagne qui n’aurait pas à faire les 450 km de retour dans un Windstar qui sent la poche de hockey.

Une brève cérémonie des médailles à laquelle je n’ai participé qu’à moitié. Comme c’était un Championnat de l’Ontario je pouvais recevoir le prix du gagnant mais pas la médaille du champion.

Ensuite un plantureux repas de chinoiseries pris sur Somerset street, un plein à 83,9 le litre et 4 heures et 1 minute plus tard on ouvrait la porte de la maison au grand plaisir du chat qui nous attendait.


* paroles d’une chanson de Jacques Brel. Jurgen saura nous dire laquelle

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